Jean-Pierre Fogel, audioprothésiste

  • 13 avril 2016
  • |
  • Portrait
  • |
  • Pas de commentaire

M. Jean-Pierre Fogel dirige une équipe d’audioprothésistes à Granville et Saint-Lô, dans la Manche. Il nous explique comment il nous aide à retrouver le plaisir d’entendre, notamment au travail, et à lutter contre l’isolement.

Vos clients vous parlent-ils beaucoup de leur vie au travail au moment de choisir un appareillage ?

Dans le choix d’un appareil entre toujours en ligne de compte le type d’activité professionnelle effectué par la personne, de même que l’ensemble de ses activités, y compris de loisirs. La proposition d’appareillage pour un musicien ou un menuisier ne sera pas la même. Il existe aujourd’hui 5 à 600 modèles d’appareils, donc le choix est large.

Y-a-t-il des appareils auditifs adaptés au travail sur chantier ?

Oui, je vais avoir par exemple des appareils tous temps, pas tout à fait étanches car cela n’existe pas, mais protégés des intempéries. Par contre, comme on utilise des filtres, ils sont moins puissants. Il y a donc des surdités sur lesquelles on ne peut pas utiliser ces produits.

Y-a-t-il des clients qui grâce à leurs appareils ont pu changer de vie professionnelle ?

Il y a surtout des personnes qui grâce à leurs appareils ont pu mener une vie professionnelle normale jusqu’à leur départ en retraite. La grande inquiétude est d’être mis sur une voie de garage après 50 ans à cause de sa surdité. On vient me voir pour pouvoir continuer à participer aux réunions, ne pas être perçu comme quelqu’un qui ne fait plus partie de la conversation, du débat.

Quels sont les signes au travail qui conduisent les personnes à venir se faire dépister chez vous ?

Il y a 2 types de personnes, d’abord ceux qui viennent spontanément se faire dépister régulièrement car ils travaillent en milieu bruyant ; et les autres, quand ils commencent à faire des erreurs parce qu’ils n’ont pas entendu la consigne, pas entendu un client, le manager, et ils commencent à se rendre compte qu’ils ont besoin de faire répéter, par exemple en réunion. Ce sont ces signes-là qui alertent.

Ce qui freine les clients, c’est peut-être d’y mettre tous leurs revenus ? Il se dit que c’est le prix d’une voiture…

Mais alors d’une petite voiture d’occasion ! Les budgets sont importants, c’est vrai, mais il y a beaucoup d’aides qui sont possibles par la MDPH, l’Agefiph le FIPHP, les mutuelles… c’est donc le reste à charge qu’il faut retenir, c’est plus important que le prix.

N’y-a-t-il pas un problème d’image avec les prothèses auditives ?

Ne pas entendre n’est pas une maladie, et il est vrai que l’on se pose moins de questions avec les lunettes. Il faut dire que le langage en France est particulièrement discriminant pour les personnes sourdes avec des expressions parfois lourdes de sens. On se demande toujours quand on n’a pas compris si c’est parce qu’on n’a pas entendu ou si c’est notre intellect, c’est ce doute perpétuel que l’on a dans notre société. En réalité ce n’est pas du tout lié mais il y a toujours la confusion entre ne pas comprendre et ne pas entendre.

Quelle recommandation faites-vous aux entendants ?

Il y a un phénomène que l’on sous-estime beaucoup, c’est que quand on parle à un sourd, on parle toujours plus fort. De ce fait, pour expulser l’air on se contracte et l’on présente donc un faciès de quelqu’un d’énervé alors que c’est juste pour parler plus fort. En conséquence, la personne en face entre dans un rapport de « je vais m’énerver aussi » et cela crée un rapport compliqué.
Quand on voit une personne appareillée, il ne faut donc pas crier car on sature les appareils. La solution est plutôt de parler avec une voix constante, légèrement soutenue avec des phrases courtes, scinder les propos, et ne pas parler en mastiquant, ni à contre-jour ni avec la main devant la bouche.

Vous êtes audioprothésiste, peut-on entrer dans une de vos boutiques pour se faire dépister ?

Oui, et s’il y a le moindre doute sur l’audition, seul un médecin ORL sera garant de la prescription. C’est un spécialiste de l’oreille et de l’audition, c’est le seul qui puisse investiguer au plan médical de l’origine du problème. Un appareil auditif ne soigne pas mais corrige. On ne peut corriger que si l’on a soigné avant par exemple une otite ou une tumeur.

Un audioprothésiste vend-il autre chose que des appareils auditifs ?

Nous ne vendons pas d’appareil auditif, cela fait toute la différence. Un audioprothésiste passe sur un appareil entre 15 et 20 heures car il accompagne le patient dans l’installation, le réglage, sa remise à niveau vers le monde des entendant et il le suit ensuite pendant des années car son audition peut bouger. Nous avons un rôle de prévention sur les risques auditifs car nous sommes bien placés pour en connaître les risques et les conséquences.
Nous allons aussi proposer des matériels permettant l’accès à des sources sonores auxquelles on aura pas accès sans appareil. Par exemple, être sourd sévère aujourd’hui et investir dans un détecteur de fumée acheté dans un supermarché ne va servir à rien puisque de toute façon, la personne n’entendra pas la sirène. Il faudra donc un système adapté avec des signaux vibrants, des signaux lumineux, qui permettront de faire savoir à la personne qu’il y a un incendie. C’est valable aussi pour la sonnette de la porte, le fax, le téléphone… Nous avons des réponses à ces questions. Cela passe par l’étude du logement et de la vie dans le logement ou l’entreprise, cela fait partie de notre métier.

Que dire de plus pour l’aspect professionnel ?

Un professionnel appareillé sera un professionnel plus efficace à tous les niveaux. Plus efficace parce qu’il va mieux comprendre, parce qu’il sera plus en sécurité, et surtout parce qu’il va moins fatiguer et qu’il sera opérationnel plus longtemps dans sa journée.

Fin de l’article

Les commentaire sont fermés.