Olivier BONNET, Directeur Régional de l’ARIADA

  • 17 mars 2015
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L’ARIADA est une association qui facilite l’insertion professionnelle des déficients auditifs dans les 5 départements Normands. C’est un partenaire historique de Cap emploi et du Sameth 50.

Vous avez 6 interprètes et 9 interfaces de communication, quels sont leurs champs d’intervention ?

L’Ariada intervient avant tout sur le champ professionnel, par exemple à la demande d’employeurs ou de salariés, ou de professionnels de l’insertion comme les Cap emploi ou les Sameth. Ce peut être aussi pour de l’interprétation LSF de vidéos, du conseil, de la formation, de la sensibilisation sur la surdité. Nous faisons aussi de l’initiation à la langue des signes. On intervient souvent aussi dans les centres de formation, ou directement sur les lieux de travail pour s’assurer que le salarié comprenne bien ce que lui dit son manager.

Mais intervenez-vous aussi en dehors du monde professionnel ?

L’interprétation se pratique aussi dans la vie quotidienne. L’Ariada intervient par exemple dans des réunions électorales, lors d’inauguration, de visites de musées, d’assemblées générales ou de conférences. Partout, quand il y a besoin de rendre une parole accessible à tous.

Quelles sont les erreurs les plus courantes dans la communication avec les personnes sourdes ?

Sur les 5 millions de déficients auditifs en France, il y a beaucoup de personnes « devenues sourdes ». Les plus en difficulté sont en réalité les 100 à 150 000 sourds de naissance, qui pratiquent la langue des signes. Avec eux, l’erreur la plus fréquente est de crier … cela ne sert à rien ! Ou l’on croit qu’ils peuvent nous comprendre avec la lecture labiale.
Or, même dans l’hypothèse où la personne la pratiquerait parfaitement, seuls 30 % de ce qui est dit peut être compris. Cela ne peut donc être qu’un moyen complémentaire de compréhension.

Les progrès techniques vont-ils changer le métier de vos interprètes ?

Le progrès a déjà démarré. Nous mettons par exemple en place depuis quelques mois la visio-interprétation à distance. Avec une webcam, un micro, une liaison internet, nous proposons des temps d’interprétation qui permettent à nos clients de ne pas être tributaires de la présence physique de l’interprète. Une fois passé le frein technologique, c’est très performant et surtout très souple d’utilisation.
Et les personnes sourdes ne nous ont pas attendu pour cela, elles pratiquent entre elles la vision conférence depuis longtemps. Au besoin, elles adaptent leur langue, par exemple en ne la parlant que d’une main et en se filmant avec le téléphone de l’autre… C’est assez impressionnant.

Mais dans l’emploi, cela suffit-il ?

Non, c’est pourquoi l’intégration professionnelle des sourds reste faible. Quand ils sont embauchés, l’environnement professionnel fait des efforts au début. Puis la vigilance s’émousse, on croit avoir donné l’information à tous, mais le malentendant ne l’a pas eu, ou ne l’a pas comprise. Quand l’organisation change, il n’en saisit pas le sens et se trouve isolé bien que ce soit un bon professionnel.
Il faut donc mener le combat de l’insertion au travail, mais aussi celui de la durabilité de l’emploi.

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